Bonté divine - Pascale Houbin et Dominique Boivin

Publié le par nectar.safran@hotmail.fr

(Vendredi 10 février - Triangle Rennes)

« Nous abordons l’histoire d’Abélard et Héloïse, personnages médiévaux, archétypes d’une aventure amoureuse passionnante et passionnée, reliant le monde laïc à la spiritualité, l’amour charnel à la dévotion divine, questionnant le sens de la fidélité, de l’engagement, celui du sacrifice, de la foi, du renoncement…
Nous avons créé « Bonté divine » avec humour, intuition, abandon, cœur »
Pascale et Dominique

Voilà un très joli spectacle, tout en nuances, humour et poésie.


La scène est jonchée de quelques bricoles, deux ballons suspendus, une petite table avec le capharnaüm du laboratoire des deux artistes, dessus un vidéo-projecteur qui pointe sur l’écran du fond de scène, sur le devant de scène des chevaux-jouets, un tout petit carré de tiges de blé, une magnifique plume de paon.

Abélard, jeune philosophe, théologien du XIIe siècle engrosse la très jolie Héloïse et tente de l’enlever pour pouvoir l’épouser. Malheureusement la famille de la belle les rattrape, coupe ses attributs au brillant et séduisant Abélard. Lui, entre dans les ordres, elle aussi. Ils échangent une correspondance ; c’est là-dessus que le spectacle commence. La première partie de l’histoire étant racontée par Héloïse, silencieusement, par le langage des signes, du haut du carré des tiges de blé.

Pascale H et Dominique B n’hésitent pas à entrer dans la narration, une voix off ponctue la pièce pour raconter la suite de l’histoire mais la narration se fait aussi par le langage gestuel , par le langage des signes et un langage des symboles et images par le biais des images projetées.

Bonté divine se décline ainsi en différents niveaux de lecture.
Une première, jubilatoire et pleine de vie, drôle, un goût du spectacle, du visuel, très musicale et dansée. La gestuelle de Boivin est clairement identifiable, extrêmement précise, faussement désinvolte, il cisèle le désordonné, le désarticulé, le chorégraphie, minutieux, dans une élégance dont il ne se défait jamais à l’humour délicat.

Puis vient l’histoire d’Abélard et Héloïse, merveilleuse invocation de l’amour et de la passion et de ses échos dans notre ère contemporaine. De très joyeux anachronismes créent de multiples passerelles entre l’histoire et notre présent immédiat.

Puis vient toutes ces autres lectures, véhicules d’imaginaire, expressions des vécus individuels.

Dès lors surgissent toutes sortes d’interrogations.
L’exploration de la passion par le biais du sacré et du profane amène bien des échos. Abélard et Héloïse se réfugient dans leurs croyances religieuses pour contrer leur passion amoureuse. Dieu s’est reposé le septième jour, les passionnés ne se reposent pas, ils meurent, son représentant sur terre le premier (quitte à ressusciter après). La passion est-il un caractère humain ? La souffrance l’est (ou du moins la conscience de la souffrance, son refus, sa soumisssion), la passion étymologiquement n’est pas autre chose que la souffrance.

L’amour (rappelons nous Pascal et son inusable « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas") est le sentiment le mieux partagé entre le « paradis » et l’ « enfer » chrétien, entre le monde sacré et profane, le religieux et le laïc. Tout dépend de ce qu’on y met dedans mais ce qui est troublant c’est que, par définition, l’amour ne peut pas être raisonné et raisonnable et qu’il peut donc mener à tout, le bonheur comme le malheur, à tous les excès comme à l’accomplissement/épanouissement personnel.

Abélard et Héloïse explore cette ambiguïté. La tache rouge presque omniprésente en est une très jolie évocation. Tantôt tâche rouge d’une perte de virginité, tantôt tâche rouge symbole de leur amour passionné, elle devient lien entre le couple, gant qui les recouvre de leur amour, chaussons – amour confortablement piétiné…

Sur l’écran, un verre de vin est renversé, les lettres qui composent les mots de leur correspondance sont éparpillées, et dessinent comme un ovule entouré de spermatozoïdes. Entre deux couverts, un baiser, ils trinquent et c’est le bruit du baiser qu’on entend avec le tintement des verres, à travers ce dîner encadré par les convenances et toutes les paroles inchangées.

Un poisson « rouge » dans un aquarium, Abelard lui parle, le poisson s’agite dans ce récipient confiné : il parle à qui ? A lui-même ?A Héloïse ?A leur amour ?A son destin de mortel ?

Musique baroque, souvent d’inspiration religieuse mais quand on y réfléchit, souvent subversivement passionnée, quintessence de cette ambiguïté Amoureuse.
Brassens, chansons françaises, musiques populaires.
Toutes les musiques se mêlent en une même symphonie, conjuguent sacré et profane.

Alors qu’un arc en ciel se dessine, en conclusion, Héloïse danse sur la très merveilleuse chanson de Brigitte Fontaine, 

« Profond, profond jusqu’aux enfers,
Nous nous mêlons rivières et mers,
Fondus comme l’argent et l’or
Je t’adore dedans dehors

Tu es mon bourreau ma victoire
Nuit de noce maison du crime
Tu es mon terrible tyran
Et mon naïf petit enfant

Nous avons connu des merveilles
Des dragons et des nuits de veille
Nous avons connu mille morts
Et résurrections à l’aurore. »
(…)

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Publié dans Danse

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L
Platel sera en Avignon du 26 au 28 juillet. Les places vont s'arracher. Sinon, il faut se rendre à Bruxelles début mai pour une série de représentations.<br />
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N
Cette fois je serai sur Avignon, c'est prévu. J'ai vu sur le site que la billetterie était ouverte à partir du 13 juin, ça m'a étonnée, je pensais que ça commençait plus tôt. Quant à Bruxelles, il ne me tarde que d'une chose : c'est d'y retourner.
H
Bonjour, <br /> Un petit tour sur ton blog en particulier pour voir si tuas "critiqué" vsprs de Platel... apparemment non, mais tu l'as peut-être vu ?<br /> et cette phrase de ta note "Musique baroque, souvent d’inspiration religieuse mais quand on y réfléchit, souvent subversivement passionnée" pourrait s'y appliquer... j'ai rédigé une note à l'adresse http://favoritechoses.typepad.com/favorite_choses/danse/index.html<br /> à bientôt, <br /> Hélène
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N
Je suis très heureuse de te retrouver sur mon blog. J'espère avoir l'occasion de voir le Platel!
B
J'ai vu ce joli spectacle à l'Abbaye de Sylvacane près d'Aix en Provence, dans le cadre du festival "Danse à Aix". Si le lieu etait magique, je me souviens avoir eu les pires difficultés à voir ce spectacle (assez petit de taille, je ne voyais rien...il n'y avait pas de gradin!). J'en garde un beau souvenir et la lecture de votre article m'a replongé dans l'ambiance de ce magnifique été...
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N
C'est dommage, le cadre de l'abbaye aurait pu être idéal s'il n'y avait pas eu la distance. En tout cas je sais que ce spectacle me restera également comme un beau souvenir.