Festival d'Avignon - juillet 2010
Chamartz nous dit qu'il ne connaît pas le travail d'Hijikata. Il prend ses écrits, ses écrits contiennent
le bûto et à partir de là est né "la danseuse malade". Le travail repose sur l'appropriation de codes qui ne sont pas les siens. Il s'approprie un texte qui contient le bûto.
Charmatz invente une nouvelle façon d'entrer dans une danse. En effet, quand on écoute les connaisseurs du
bûto ou d'Hijikata, il y a des coïncidences plus que troublantes entre "la danseuse malade" et l'oeuvre même d'Hijihata. Le titre qui est à peu de chose près le nom d'un des exercices du maître
et bien d'autres éléments de la pièce.
La danseuse malade me destabilise, son chemin est tortueux et saisissant. L'introduction se compose d'une
explosion. De ce mini Big Bang, deux êtres vont s'extraire de leur peau avant d'évoluer sur scène. J.Balibar au volant d'un camion entame un monologue : un texte complexe, avec des images fortes,
les perceptions qui s'y dessinent sont tout à fait inédites pour moi. La découverte de ce texte s'accompagne du trajet répétitif d'un camion qui n'ira nulle part, enfermé sur scène. La danseuse
est conductrice, ses gestes se limitent à ceux de la conduite et sa bouche danse les mots d'Hijikata.
La présence de ce camion, les feux de projecteurs braqués sur nous est une menace inoffensive et pourtant le
moteur gronde. Il devient lui-même l'espace de l'interprète. Un danseur malmené, aggripé, secoué, il y a le dedans et le dehors, le réel et sa projection. Une mise en abîme qui donne le vertige
comme ces mots qui se cognent et se déroulent, se heurtent les uns aux autres et donnent sens et impressions.
Quand les corps se retrouvent, il sont enfermés dans un espace restreint, le camion est contraint par la
scène, les interpètes par le camion. Tandis que Charmatz prend le relais du texte, un chien se jette sur lui. Cet élément de surprise, cette introduction de réalité brute de nouvau malmène le
danseur. Ses gestes se réduisent minimalistes à celui de sa défense, dans un énergie concentrée et nécessaire. La menace est ici aussi inoffensive. L'élément de réel est un élément de fiction, la
scène est un espace qui joue sur tous les plans. Comme les mots d'Hijikata, le spectateur avance sur un chemin tortueux, l'humour côtoie cet univers faussement austère mais à l'impertinence
affirmée.
Nous laisserons les derniers mots à Hijikata : "le regard s'est isinué qui se porte sur
la génération actuelle, celle dont l'âme ne saurait vivre en aucun des seuls avoirs reçus en héritage." (extrait de Matériau du dedans)
Avec Jeanne Balibar et Boris Charmatz
Lundi 2 août 2010
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08:13
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Par Sarah Barreda
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Publié dans : Danse
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