Le principe de solitude - Heddy Maalem

Publié le par Sarah

 Festival Rebonds - Albi - 16 mars

 Premier solo  - Une rose est une rose avec Simone Gomis

 Une danseuse est plantée dans le sol, jambes tendues. Son centre ainsi harnaché déploie le haut du corps dans une circularité qui gagne en vitesse et donc en puissance, tandis que quelques gestes tentent de s'échapper pour finir aspirés par cette rotation. Arrivé à une sorte de transe, on a l'impression que ce corps sculpté de muscles, un cyclone qui déplace l'air pour retourner à la terre, entre dans une écriture chorégraphique cosmographique.

 Deuxième solo - La formule des hanches avec Aline Azcoaga

  Tandis qu'une lune coupe la verticalité en deux, une femme évolue dans une danse qui a un grand sens de la découpe, des séquences chorégraphiques liées dans une même tension se succèdent comme autant d'intensités qui s'auto-contrôlent par l'usage très subtil des silences.

Dès lors, le geste, plein, d'une extrême précision, s'apprécie comme un élément d'une grande rareté : concis, beau, essentiel.

Se dessine dans l'identité chorégraphique d'Heddy Maalem, les enjeux suivants : une danse au corps maître et délicat ; puissant sans user de force. Des interprètes ayant une 'expressivité de présence ' c'est à dire dotés d'une corporéité charismatique. Et enfin, une danse, dont les mouvements suivent une partition singulière, sans fioritures, à la beauté non ostentatoire mais saisissante, véhiculant une lecture toute aussi essentielle que multiple, évidente et impénétrable.

  Troisième solo - Reconstruction de Venus avec Laia Llorca Lezcano

Une femme nue évolue sur la musique qui amène comme un éblouissement, la nudité dans son aveuglant dénuement. Dans un geste de 'sublimation', mains tendus vers le public, elle semble capter les énergies tout autant qu'elle semble s'offrir. Ce solo en deux temps, joue sur le regard, l'acte de regarder un corps. Cet aller-retour (regardant-regardé), par la nudité de l'interprète, est réduit à l'essentiel, un corps bouge, on le regarde, un corps sexué qui ne s'impose pas comme tel sur le fil de l'intime mais se regarde presque au sens pictural : une blancheur irréelle, des lignes mouvantes, tandis que la danse finalement l'habille et le quatrième mur crée la distance.

   La pratique de l'ombre - Serge Anagonou et Shush Tenin

 Ce duo masculin m'a renvoyée à l'humain et à la notion de solitude qui sous-tend ces pièces. L'homme qui porte l'homme, un face à face qui s'appuie sur cet apprentissage; s'aimer, s'accompagner, s'abandonner, se suivre, se prendre par la main, se laisser guider...

La puissance se mêle à une grande fragilité chez Heddy Maalem.

Nous en revenons à la solitude et au regard, aux interprètes et à leurs spectateurs.

Il paraît que nous ne sommes jamais seuls, point d'existence sans cet extérieur, le regard d'autrui qui nous définit mais également cet intérieur, son propre regard sur soi-même.

Jolie mise en abîme qui fait traîner l'écho de ces instants, longtemps.

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Publié dans Danse

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Savigny 23/03/2007 18:12

J'attendais avec impatience de lire un autre témoignage que le mien...et je ne suis pas déçu car ta perception est tout autre que la mienne! J'ai même du faire un petit effort d'oubli, avant de te relire vraiment disponible. Cela doit être la marque des grands corégraphe (formule pompeuse mais tant pis) de produire des oeuvres à la fois fortes et à la puissance d'évocation si libre et ouverte, que chacun se l'approprie!

nectar.safran@hotmail.fr 23/03/2007 22:26

Moi, c'est pareil, j'ai dû oublier ton article que j'avais beauoup aimé pour être fidèle à mon ressenti. J'ai d'ailleurs essayé après coup de retrouver le titre des pièces à partir de ton article sans y arriver. C'est toujours vivifiant de voir qu'on a apprécié un spectacle, être d'accord là-dessus, tout en en ayant une perception tout à fait personnelle et singulière.

Savigny 18/03/2007 19:34

Ma solution à ton Quizz Maalem: 1/ Simone Goonis, 2/ Aline Azcoaga 3/ Laia Llorca Lezcano...et dans le désordre, tout plein d'émotion!

nectar.safran@hotmail.fr 20/03/2007 10:17

Merci, je vais pouvoir corriger ça sur mon article !!!!