Toulouse - juin 2006
L
e marathon des mots est un véritable marathon : marcher beaucoup, attendre beaucoup pour ne pas pouvoir assister à grand-chose,
mais persévérer, ne pas se décourager sous la cagnasse toulousaine et bien sûr se ravitailler régulièrement en pression (Ach ! das Weisse Bier !) pour ne pas se déshydrater.
Alors bien sûr j’ai raté Claire Diterzi, Jalil Lespert, les poêmes érotiques d’Aragon … J’ai assisté à une lecture pas terrible de je ne sais plus qui, sur je ne sais plus quoi …
Mais heureusement il y a eu la lecture de Stephane Freiss des textes de Kessel et St Exupéry
autour du thème « souvenirs d’aéropostale ». Une lecture merveilleuse, juste, sans effets, qui sait apprécier le texte et le faire vivre d’une voix, une intonation, une suspension.
Lors d’une conférence de presse, quelques heures plus tôt, après que tout le monde ait débattu des bienfaits de la lecture, de la perte du goût des mots et bien entendu s’être plaint de la très
méchante télévision, parmi les convives, Stéphane Freiss soudain interroge le public pour clôturer le débat : « mais qu’est-ce que ça vous fait à vous, d’entendre nos lectures ? Qu’est-ce que ça
vous apporte ? »
Qu’est-ce que ça me fait ?
La lecture d’un autre, et bien, ce n’est pas la mienne au départ : le rythme, l’intention, le son de la voix, la compréhension des mots.
La lecture a quelque chose de tellement intime ! C’est un des plus jolis moments de solitude, de tranquillité, d’attention sereine, de navigation en totale complicité avec un auteur. Le temps n’est
plus, seuls les mots, leur musique, leur histoire, et tout ce qu’ils racontent. Des passages qui se relisent, une phrase qui se retient et impose une pause. Un personnage qui hante, une situation
qui s’imprime, une description qui réveille des échos bien vivants, quelque part, là-dedans.
La bulle du lecteur : concentré, entouré de silence jusque dans les lieux les plus bruyants, à l’écoute de sa voix silencieuse qui suit un chemin inconnu, parfois quelques expressions traversent ce
visage tendu vers l’objet qui repose dans le creux d’une main.
Et pourtant, dans ta lecture Stéphane, je n’ai pas senti d’intrusion inopportune. Tu as livré ta lecture des extraits et j’y ai versé mon intimité de récepteur de mots.
Dans l’assemblée, nous étions suspendus, une centaine de têtes qui tissent des images à partir de la même voix, la même concentration, une bulle collective à partir d’un centre bien précis, le
lecteur et sa lecture, le passeur de mots qui ont une intelligence, son rayonnement vers nos oreilles attentives, et le plaisir bien enfantin d’écouter une histoire.
La lecture se termine comme la dernière page d’un livre se tourne et nous sommes une communauté à assumer cette séparation et à écouter le silence, au cas où, quelques mots, encore, attendraient
une oreille …
Dimanche 18 juin 2006
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14:17
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Par nectar.safran@hotmail.fr
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Publié dans : Livres
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