De Cormac Mc Carthy à Terrence Malick

Publié le par Sarah

Hasard, concours de circonstances, convergences de préoccupations. En peu de temps, j'ai vu No country for old men des fères Cohen et inspiré d'un livre de Mc Carthy, lu la Route  de Mc Carthy et vu la Ballade sauvage de Terrence Malick (me souvenant du même coup un peu de la ligne rouge et un peu mieux  du Nouveau Monde).

La nature, sauvage, objet de fascination, duelle

Fascination : attraction, attrait, aveuglement, éblouissement, envoûtement, magnétisme, séduction

En France, le rapport à la nature est, je crois assez différent. Peut-être que l'influence de Rousseau a été assez forte pour que la nature soit vue comme un facteur de liberté, d'épanouissement de la nature humaine. Entre-temps, les Français, sagement, cultivent leur jardin, la nature devient presque synonyme de campagne, voire même de villégiature. 

Aux Etats-Unis, la tradition, au berceau des pionniers, semble toute autre. Les Etats-unis et leurs grands espaces, une nature qui se manifeste dans ses excés et renvoie l'humain à sa fragilité. Une nature qui s'étale sur des kilomètres, non domestiquée. C'est un drôle de miroir de conscience : elle apparaît souvent grandiose et notamment dans ses manifestations les plus monstrueuses. Les américains, que ce soit par le cinéma et la littérature sont passés maître dans son évocation. 
Il est dès lors étonnant de souligner certains paradoxes, de notre point de vue franco-français : étonnant d'opposer une amérique souvent perçue comme infantile et artificielle et de l'autre ces oeuvres citées de Malick et Mac Carthy où les espaces dépouillent l'humain.
Je ne cite pas ces deux bonshommes au hasard. Tous deux, ne font pas dans l'idéalisme (je maintiens cette affirmation pour ce qui concerne Malick). Le mélange est plus tortueux : une forme de lyrisme sombre dans les descriptions, par le côté hors proportions des descriptions des espaces où la projection noire des pulsions humaines et d'une mortalité sans apparâts est mise en perspectives.

Spiritualité, cynisme, rédemption

A la fin de la Ballade sauvage, je me suis dit : Malick fait du panthéisme romantique dark. Panthéisme parce que la nature nous dépasse, on ne sait pas de l'homme ou de la nature qui va être mangé. Dans la route Mc Carthy fait la synthèse, ce duel titanesque se résout par la présentation d'un univers apocalyptique. Le roman commence sur cette image, la nature est morte, l'homme est mort, on recherche les reliquas de vie chez l'un et chez l'autre avec désespoir. Malgré tout, il y a dans ces oeuvres une âme, une vision qui, sans compromis, n'en est pas moins nourrie d'une forme de spiritualité, voire même de rituels qui se révèlent au fil des pages ou des plans qui lèchent le mystère de la création et de notre monde. 

Romantique aussi parce que face à ces immensités de solitude dans ces cadres naturels, les rapports humains peuvent apparaître anecdotiques et en même temps, l'humain ne se retrouve que dans les vestiges de relationnel qu'il arrive à préserver. Les relations amoureuses, filiales, sont mises à dures épreuves parce que plus aucun jeu n'est possible. Les codes et normes sociales sont hors sujet. 

Dark parce que, sans être désespérée, dans ces oeuvres, on se sent comme ces personnages : au milieu du désert, sans savoir où se planquer. Le personnage de Javiem Bardem dans No country for old men est intéressant parce qu'il cristallise ces différents points. Je l'ai vu comme la Fatalité même. Non pas la mort mais la fatalité. Il agit selon des règles sans cohérences, sans morales mais implacables qui se fondent dans la marche du monde : une mort bête et cruelle, comme toute mort peut-être. Lui même est soumis à un accident, la boucle est bouclée, personne n'échappe à la fatalité, tôt ou tard on l'incarne, au mieux, elle se drape du terme destinée.

Il y a beaucoup de paramètres incontrôlables et une nature profonde (mentale et environnementale) que nous n' apprenons à connaître que face à l'adversité.

C'est beau et terrible : on y retrouve la bible, la mythologie, écologisme et films d'horreur, guerre et tsunami, anticipation et histoire. C'est une convergence de cauchemars et de textes fondateurs.
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Publié dans Cinéma

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