Destruction et création dans l'art du 20ème siècle (jusqu'au 27 mars 2006)
Guerre, sexe, archaïsme, construction-deconstruction, destruction, réenchantement, subversion, mélancolie : voici les thèmes qui composent
cette exposition qui souhaite montrer le "Big Bang" qui s'est produit le siècle dernier dans l'art, qui mettent en crise les conventions, les croyances, pour explorer de "nouvelles
formes".
L'art est très certainement représentatif d'une époque, il suffit de dégager ces thématiques du champs artistique pour se surprendre de la
rapidité à laquelle le monde a changé en si peu de temps sans toutefois que ces bouleversements ne constituent de ruptures complètes. Croire que tout a été inventé, réinventé le siècle dernier,
ce serait bien innocent.
L'exposition Big Bang est très intéressante, la proposition de visite à travers des thèmes qui ne demandent pas nécessairement une connaissance
pointue de l'histoire de l'art permet de mieux sentir les changements dont ont été témoins ces décennies.
Dans cette visite, je retiens plus particulièrement le corps désenchanté, et monochrome pour la "Destruction", une
attirance naturelle pour toutes les oeuvres rassemblées autour du thème "archaïsme", une déception pour les thèmes "mélancolie"" (et oui, encore!) et "réenchantement"
(notion qui me tient pourtant très à coeur et dont les oeuvres ne m'ont pas particulièrement enchantée), puis j'ai noté que l'inconditionnelle du père ubu que je suis et de l'oeuvre de Jarry, n'a
pas trouvé la même complicité pour les oeuvres qualifiées d'"ubuesques".
Ce nu de dos de Matisse, est censé appartenir à
la thématique corps désenchanté. Je ne sais pas si c'est le corps qui est ici désenchanté. J'ai adoré la force dégagée par ce dos et la fragilité pourtant qui s'exprime par la
posture.
Des milliers de visiteurs passent et elle se cache, comme si elle cherchait à se dérober au monde en une attitude de refus qu'elle n'assume pas
complètement, il y a comme une tristesse, un repli intérieur. En nous tournant le dos, elle nous nous ferme ses pensées, se replie tout comme elle cache son intimité, elle, qui est nue.
Le désenchantement du monde pour Weber est la fin des grands mythes fondateurs qui nous permettaient d'expliquer le monde. Que faut-il penser
de cette oeuvre ? nous voilà dans la plus grande fragilité, nus face à nos angoisses, des blocs de solitude ? Mais n'oublions pas que le désespoir peut être un magnifique épitaphe. "Je
veux mourrir complètement désespéré" dit Gide, mourrir d'avoir épuisé tous ses espoirs, les avoir poussé jusqu'au bout, les avoir vécu jusqu'au bout, pour, au bout, aimer la vie et, dans un
dernier sursaut, se désespérer de devoir la quitter... d'où peut-être la force qui se dégage de ce dos tout en musculature. Il ne lui manque que du courage, or le courage, c'est la force des
faibles.
Le nez de Giacometti ; ce personnage a
une expresion changeante : il rit ? il crie ? Ce nez est discret (dans la salle pas sur sa figure pardi!) et pourtant plein de mystères.
Je pense à cette nouvelle de Gogol où un nez s'échappe de la figure de son propriétiaire qui se trouve alors amputé d'une partie de lui-même,
dérisoire mais essentielle.
Je pense à Pinocchio où sa conscience s'exprime par son nez, je pense à ce nez que j'aime exercer à me pousser sur le sentier de la gourmandise
et des plaisirs olfactifs.
Hamlet parle à un crâne, ce personnage parle à son nez et s'en trouve, semble t'il, fort réjoui.
Die Dame aus Lab de Klee .
Que j'aime cette petite Dame du thème Enfance : ses yeux ronds, ses petites boucles, ses couleurs vieux rose et jaune tendre, ses traits
simples et naïfs.
Elle ne sait pas trop ce qu'elle fout là et s'en inquiète, puis en même temps elle ne fait que passer, alors tout ça ne va pas
l'inquiéter bien longtemps.
Elle sera vieille dame qu'elle aura toujours cette tête de perpetuelle étonnée; elle ne sait pas la chance qu'elle a, que ce regard ne prenne
pas une ride!
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