L'aube le soir ou la nuit - Yasmina Reza

Publié le par Sarah

Un livre qui tout comme son sujet a fait beaucoup de bruit. Au-delà de tout débat, une femme de théâtre qui s'intéresse à un homme politique sur le devant de la scène, voilà qui est intéressant.

J'ai beaucoup aimé ce livre dont je n'attendais rien. L'écriture de Yasmina Reza s'est faite très fugitive, presque fuyante. Vraisemblablement, elle ne savait pas où elle allait, ne savait pas ce qu'elle pourrait en tirer comme matière littéraire, ni comment rester à une place qu'elle n'avait pas complètement prédéfinie, si ce n'est simple observatrice extérieure, posée comme par accident à l'intérieur, mais un intérieur qui reste opaque, sans réalité ou vérité.

A ce titre, l'auteur nous représente complètement. Nous sommes des spectateurs de marionnettes dont on effleure le fond, lucides de leur artifice.
Nous restons donc en surface, avec des questions qui renvoient au néant, sur le sens d'un telle agitation dont on oublierait presque qu'elle n'est pas sans conséquences dans nos vies et dans le monde, sur un rapport au temps qui s'affole et fausse la perception, sur des notions auxquelles Yasmina Reza est confrontée sans avoir le paradigme interne qui permettrait de les comprendre au-delà de leur sens littéral comme le pouvoir, le "vouloir politique".

Quant à l'homme, plus on avance, plus on le perd, l'investiture devenant symboliquement le moment où il n'existe plus. Le livre se finit sur une absence, l'impossibilité de franchir la glace. Le livre de Yasmina Reza ne montre pas un Sarkozy sympathique, juste un homme pour qui, on finit par éprouver une certaine crainte, une crainte pour lui-même, l'acteur noyé dans son propre rôle, le rôle devenu une réalité ; l'homme devenu alors sans réalité.

Publié dans En vrac

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guy 06/10/2007 10:05

A mon sens, toujours ce manque de racines et de réalité que tu évoquais, ce vertige face au vide dans une course contre le temps...
Mais, dans cette citation, Y. Reza trace surtout un lien entre "L'Aube,etc..." et ses oeuvres antérieures, dont "Nulle part". C'est un peu compliqué à s'expliquer ici, et avec mes faibles moyens, il faudrait plutôt que tu ailles feuilleter la Revue Littéraire dans ta librairie préférée. L'interview fait 60 pages, mais l'extrait est page 212...

Sarah 06/10/2007 12:03

Merci Guy !

guy 04/10/2007 21:18

"Sarkozy est un homme que j'ai senti n'être absolument de nulle part. Il a le même refus d'hier(...) la même nostalgie d'une maison qu'il n'aura jamais."
Dixit Yasmina Reza - entretien avec Florent Georgesco - La revue littéraire N°32

nectar.safran@hotmail.fr 05/10/2007 17:46

C'est vraiment étonnant cette remarque, même en ayant lu le livre, je ne sais pas trop comment la comprendre.

Guy 03/10/2007 15:04

Oui, ce livre est troublant, intéréssant et un peu décevant à la fois, on lit, on lit jusqu'au bout, anedocte aprés anedocte, tout prend la mêe importance, on lit sans trouver vraiment de substance, le sujet sakorzy est demystifié, lancé dans une course qui ne prend jamais fin, jusqu'à perdre à peu prés toute substance...

Sarah 03/10/2007 17:25

J'ai l'impression qu'il devait y avoir rencontre dans le sens où le livre était consacré à un homme et que finalement sur la base de ce postulat, c'est une expérience avortée. Ce qui a d'un peu effrayant, c'est qu'on caresse là une étape d'un projet de vie dont on a du mal à donner un sens, alors même qu'il s'agit du portrait d'un homme qui va écrire un bout d'histoire. On finit par douter de la possibilité de donner du sens, dans de telles circonstances, quel que soit ses engagements et convictions politiques. Il y a chez les hommes politiques une véritable irréalité qui paraît vertigineuse dans ce livre.